Appel à textes 29/07/2022

Kaléidoscope de quelques textes en partage !


Un grand merci aux femmes de l'être qui ont répondu à l'appel et un grand merci aussi à vous, qui venez faire un tour par ici !


(Les textes qui suivent appartiennent à leurs autrices et ne sont pas libres de droit)








ELLE

Elle; elle n’a pas encore de nom, pas encore de forme. Elle lit en soupirant la feuille de route qu’on vient de lui remettre :

- Genre : «Être une femme », (ras-le-bol ! Pense-t-elle),

- Format plutôt longiligne (donc régime à la 50aine, ça promet, marmonne-t-elle).

- Lieu géographique : pays occidental au choix (ouf!).

- Démarrage du projet de vie vers 30 ans : ça, c’est pas mal, ça donne du temps et pour l’apprentissage et pour la réalisation, on meurt tard dans ces pays-là.

- Contrainte karmique : oh, non ! Toujours cette fichue malédiction de vivre « en blanc-doré qu’elle se traîne depuis pffft, elle ne sait plus, ça se perd dans la nuit des temps, dans la multitude des vies passées sur une multitude de planètes. Mais elle revoit bien la sale garce de Déesse qui lui a jeté ce sort, tout ça parce que, à l’époque, elle avait fondu de plaisir dans les bras d’Éole le dieu du Vent, un peu volage tout de même, puis dans ceux d’Apollon, un charmeur solaire, tout doré et vêtu de blanc, d’où ce mauvais sort de vivre chastement en blanc et or. Elle l’a incarné jusqu’à la nausée : Fée, Nymphe, Sylphide, Vestale prosternée aux pieds de la Déesse, puis nonne virginale cloîtrée chantant des Ave maria... Elle n’en peut plus !


Qui a dit « peut-on croire à des liens qui ne se dénouent jamais ? » Ah, oui !, elle, elle y croit ; le karma, ça te ligote et tant que tu n’as pas purgé ta peine, les liens ne se dénouent pas !


Elle revient à la feuille de route et réfléchit : « comment m’en sortir cette fois-ci ? »


Parce qu’il faut dire qu’elle n’en peut plus du régime végétarien. Et de la toge blanche dont le plissé est retenu aux épaules par des fibules d’or, et la taille resserrée par une

ceinture dorée et dont les plis tombent jusqu’aux sandales de cuir blanc. Avec, pour l’hiver, juste un léger châle blanc brodé d’or. Et des bracelets d’or blanc et d’argent, et des diadèmes de diamants. Pouah ! Beurk !


Et dans le temple de marbre blanc aux statues dorées de la Déesse, on entend juste les pas feutrés des chats sacrés, blancs bien sûr, au collier de perles de nacre, et puis il y a les cygnes, les ours blancs, les... Assez, par pitié, assez !


Elle veut de la couleur, des jeans slim et des décolletés rouge et noir, de la vraie vie et des voyages lointains, là où le sable blond file sous les pieds nus, là où on dort à la belle étoile sous un ciel obscur, là où l’orage gronde, là où la neige devient sale à force d’être piétinée... Bon, peut-être pas quand même.


Elle relit la feuille de route : elle a un plan secret pour cette incarnation.


Son plus grand défaut sera la gourmandise ! Et elle sera pâtissière, une pâtissière de renom. Sa boutique s’appellera «À la meringue d’or ». Que du sucre blanc, du chocolat blanc en papier doré. Des blancs en neige aux fils de caramel blond, de la tarte au citron meringuée, des îles flottantes pailletées d’or, des milkshakes mousseux au miel, des dames blanches, des crèmes à la vanille des glaces au nougat. Rien que d’y penser, elle en salive. Tout virginal, blanc et or, mais tout voluptueux, à fondre de plaisir. C’est sûr, la Déesse s’étouffera de rage !!


Elle sourit, elle a trouvé la Voie pour contourner ce fichu karma. Et elle reste là, pensive et joyeuse…



Anne Marie




 




CHEMIN DE GUÉRISON


À la guérison tu aboutiras

Par tes méandres tu passeras

De tes cendres tu renaîtras



Le chemin tu accepteras

Des douleurs tu ressentiras

Des méthodes ancestrales tu expérimenteras

Les lois terrestres tu dépasseras

À ton âme tu te reconnecteras

La solitude sera ton meilleur allié

Les vagues de noirceur et de lumière seront des paliers

Pour atteindre une totale sérénité

Sans le courage tu n'aboutiras pas

Sans douleurs et inconfort tu retrouveras

De l'amour sur tes blessures tu t'apporteras

Et c'est dans toute ta splendeur que tu brilleras



Angélique Rigaud










LA FÉE QUI DANSE



C'est une liane.

Longue et gracile.

Elle ondule.

Elle ondule, étire son bras droit, puis le gauche dans un mouvement ample;

comme pour exhumer ses ailes trop longtemps engourdies.

Les doigts gracieux dessinent des mots seuls connus d'elle même.

Elle parle avec des mains voluptueuses et sensuelles. La tête, un instant penchée

en arrière se redresse. Puis elle vise le ciel de son regard si tendre.

La poitrine se gonfle. Elle inspire longuement, puis se courbe en avant,

et très vite se relève; de son souffle léger, porté par sa main droite,

s'envolent quelques mots chuchotés à voix basse.

Ailes de papillon... Frémissement léger.

Sa musique intérieure la porte.

Elle chante, puis elle ondule encore. Un pas et puis un autre.

Elle tourne sur elle-même.

Le bassin souple, tangue et puis chaloupe.

La jupe noire voile à peine ses longues jambes nues.

Elle survole la scène.

Puis, lentement, elle vient s'agenouiller tout près de vous, tient son visage

dans ses deux mains et regarde le monde.


Patricia





 




TRAVERSÉE



Un bord de Méditerranée

Femmes ornées de henné

Arabesques chantantes


La mer danse avec les femmes

La voix de l’âme qui vibre à l’unisson

Elles sont une


Quand les vagues s’écrasent sur la plage

Quand le vent souffle à déchirer les voiles, à démonter les haubans

Elles chantent, elles dansent

Farandoles de vent.


Douleur d’un temps ramené au présent.


Langue qui claque et se retourne dans la rondeur d’une bouche

(Rien ne s’oppose à la nuit)

Graines d’écumes qui explosent sur la grève,

Le corps de mer qui les avaient absorbées toutes, les rejette

Gouttes

Crépitantes


Solaires


Ayayay ! La révolte gronde

Les vents ont tourné.


Ensemble,

Elles ont invoqué la souffrance dans un chœur harmonieux et dans le chaos des mots.

Ensemble,

Elles ont ouvert des chants.

Ensemble,

Elles ont ri, elles ont pleuré.

Elles ont subi.

Elles se sont unies. Elles ont agi.


Tandis que le vent se lève sur la mer, souffle et siffle, comme une tempête qui se prépare, les souvenirs remontent, pleurent et s’échouent sur la plage au son du violon. Frémissants sous la langue d’une vague en éternel va et vient.


Tenir Tenir Retenir Contenir

Soutenir


La force du souffle sur la peau

Souffrir, résister

La brise se brise et s’éclate sur ce corps qui tient

C’est le tien ! Le tien !

Tiens !!!

Une claque claque

CLAC !

On se tait.

Envole toi Evadons nous


Des coups de pelle creusent sous le soleil

les cris des mouettes râclent

et répètent

le son du sable qui souffre sous l’assaut de la lame

SSSHHCLARK


Viens, on est là, avec toi, toutes ensemble, on se laissera pas faire, on va agir,

Viens dans mes bras, je t’aime, je suis là... Viens, viens, on te tient !


BOOOOM! Plongée dans l’abysse

Jetée à l’eau comme une bombe qui éclate

Asphyxiée, te débattre,

Des mots qui bullent, t’échapper de la noyade,


Tu le sens là ? Tu vas crever. Quoi glougloups ? Tu voudrais parler. Dire quoi ? J’entends pas...


Petit son de l’air sous l’eau : une voix qui boit la tasse,

se débat impuissante gloupsgloups atroce agonie asphyxie le souffle qui manque tu vas crever personne comprend c’que tu dis personne t’entend


Panique de l’air qui vient à manquer,

Te débattre

A bout de force, renoncer,

C’est fini.


Et ces voix !!! comme des lumières au bout du tunnel...

qui te guident, qui te prennent dans les bras... Vivante ! Tu es passée

Femme parmi les femmes, tu as accompli ta traversée

Tu es passée de l’autre côté : ALELUIAH

Tu fais désormais partie des flots qui mènent au rivage


Sur la plage,

Rescapée,

Un long chemin de silence à écouter la mer s’apaiser en toi,

Tu perçois doucement la vie, les humains,

Douce joie

Les pieds fouettés par les vagues les cheveux balayés par le vent

Une trace s’efface

Un rire lâché dans le vent épouse le cri des mouettes

Les larmes coulent, sanglot échappé


Allez viens ! la vie continue,

Rejoins le feu de camp

...Bienvenue...



Île aux ailes












Les seins me tombent !

Pourquoi prendre la peine de les mettre en valeur ?

Et quelle valeur ?

Mes seins ont nourri.

Mes seins sont source de plaisir.

Mes seins me plaisent comme ils sont.

Ils tombent, ils sont lourds !

Ils me tiennent chaud !

Ils me font transpirer !

Mes seins vont continuer de tomber.

Je ne les enfermerais plus dans un soutien gorge.

Mes seins font partie de moi au même titre que mes mains ou mes pieds.

Mes seins pourraient devenir source de maladie, de cancer, comme chez ma mère et ma

grand-mère.

Je m’en occupe, je les surveille, j’y veille.

J’en prends soin.

Mes seins sont beaux.

J’aime mes seins.


Caroline 23





 





LE CLOS SAINTE ANNE

Comme le disait Verlaine : « Après avoir poussé la porte qui chancelle, je me suis promené(e) dans le petit jardin….. ». Et toute une partie de mon enfance m’est revenue en mémoire et les larmes me sont montées aux yeux. Dans ce coin de Normandie, mes parents étaient métayers d’une congrégation religieuse lorsque j’étais petite. Mon père était chargé de l’entretien de ce jardin qui était juste situé derrière le château.


J’avais longtemps hésité à revenir sur ces lieux de mon enfance, craignant un trop plein d’émotion mais le désir du jardin avait été plus fort que tout. J’avais tellement rêvé de ce moment !


La main encore sur la porte vermoulue, tout m’avait sauté aux yeux et au cœur…. Le jardin était plus petit que dans mon souvenir mais il me paraissait presqu’intact. Je remerciais en silence, celui ou celle, qui avait pris soin de lui pendant toutes ces années et qui me permettait de retrouver un peu de mon âme d’enfant.


Contre le mur du fond, le long de la chapelle, palissés, comme autrefois, en premier, je reconnus les arbres fruitiers : pommiers et poiriers de plusieurs variétés. Le goût me vint à la bouche de ces pommes juteuses dont je raffolais. Je me rappelais aussi les poires de coq, que ma mère nous servait garnies de pâte, en douillon disait-elle, et qui faisaient notre régal !


Puis je m’approchais des rosiers grimpants, enroulés sur des arceaux de fer, qui mélangeaient leurs couleurs, leurs teintes et leurs parfums dans une déclinaison de rouge, de rose et de jaune.


Je m’assis, un instant, pour mieux savourer toute cette beauté, sur le vieux banc de bois qui avait perdu sa couleur initiale mais qui demeurait à la même place. Endroit propice au souvenir, au repos, à la méditation et au bonheur. Vu d’ici, dans un premier temps, le jardin semblait sauvage, tout paraissait fouillis : arbres, légumes, plantes médicinales mélangés. Mais en observant de façon plus précise, au contraire, je distinguais des plates bandes, des carrés plantés de fleurs, d’autres de buis ou de thym. Non, ce jardin était pensé, conçu, dessiné, voulu, aimé par quelqu’un qui devait beaucoup le choyer !

Et dans mon cœur, je rendis hommage à mon père qui l’avait lui aussi traité avec beaucoup d’amour.


Je m’approchais de l’endroit où poussaient les herbes aromatiques, je reconnus le thym, la menthe, la sauge, la verveine et je me penchais pour m’enivrer de leurs parfums. J’imaginais les plats qu’elles pourraient agrémenter, relever ou adoucir.


Je fis un dernier tour, me recueillis un instant encore sur le banc, un oiseau se posa près de moi, un pinson je crois, puis le cœur plein de joie, je sortis en fermant doucement la porte qui chancelle…


Sophie



















ESCALIER BEIGE ET NOIR

Escalier beige et noir

que je gravis le soir,

des marches de bois clair,

une rampe de bois sombre,

une odeur flotte dans l’air

un mur reflète mon ombre.

Escalier beige et noir

que je gravis le soir.

Les marches horizontales

forment une spirale

étrange et familière

quand j’allume la lumière.

Escalier beige et noir

que je gravis le soir,

comme un rêve éphémère

loin de la vie amère.

Escalier beige et noir

que je gravis le soir.

Anne Marie



 


J'ai assemblé ici tous les textes qui m'ont été envoyés suite à l'appel à texte pour le site Femmes de l'être. Je précise ici que le thème était libre. Pour les disposer, j'ai suivi un fil conducteur invisible qui n'ap